Le 31 juillet 2017
Communiqué  de Presse de la Fédération Pastorale de l’Ariège

Notre priorité actuelle consiste à soutenir avec nos moyens sur le terrain les bergers et les éleveurs qui ont subi la violence de ces dommages. Nous portons une attention particulière sur l’estive du Mont Rouch, mais nous n’oublions pas que les estives voisines sont fortement impactées elles aussi presque quotidiennement.

Il faut saluer la présence et la solidarité de l’ensemble des éleveurs transhumants qui se sont mises en place immédiatement. C’est un élément primordial ; le monde pastoral a toujours été uni dans ces  moments difficiles. La Fédération Pastorale dans son ensemble s’associe également à la chaîne de solidarité lancée collectivement par les structures agricoles départementales.

L’expertise impute le dérochement survenu sur la crête frontière  à « l’ours » et va déclencher l’indemnisation du dégât pour les 209 bêtes dans les prochains jours lors de la commission départementale des dommages ours. Un autre dérochement de 18 bêtes s’est produit sur le secteur de Léziou, lié lui aussi, sans aucun doute à une attaque d’ours.

Mais au-delà des indemnisations indispensables qui constituent la base minimale de prise en compte, nous comptons rappeler lors de cette commission les éléments de préjudice subis par les éleveurs et les bergers, qui restent à ce jour non pris en charge.

 

Sur les estives ovines organisées et gardées, en l’absence de prédation ou d’évènement particulier (foudre…etc), la mortalité annuelle moyenne se situe généralement entre 1 et 3 %.

A combien va s’élever ce chiffre cette année ? Cette question se pose bien évidement pour l’estive du Mont Rouch, pour laquelle on dénombre encore l’absence de 96 bêtes selon le comptage réalisé par les éleveurs en présence d’un huissier, mais également pour les autres estives du secteur. Jusqu’ici le nombre important de bêtes manquantes suite aux attaques n’a jamais été pris en compte. Cette question doit trouver une réponse au plus vite.

 

Au-delà des animaux morts lors des attaques, la baisse de productivité du troupeau constitue un manque à gagner considérable. Cette baisse est évidente immédiatement après les attaques avec la perte des agneaux des brebis qui ont été tuées. Dans un second temps au moment de l’agnelage d’automne les nombreux avortements, non quantifiables à ce jour, viendront alourdir ce bilan. Puis encore les années suivantes, le temps de reconstituer peu à peu le troupeau. Car les bêtes que les éleveurs ont perdu là haut, ce ne sont pas les indemnisations qui vont les leur rendre. En effet sur ces estives couserannaises extrêmement accidentées, la mémoire montagnarde des bêtes est irremplaçable dans un troupeau. La destruction du patrimoine génétique des troupeaux engendrée par la perte d’un grand nombre de bêtes, constitue donc un préjudice énorme qui touche le cœur même de la démarche des éleveurs transhumants. Le travail de sélection afin de reconstituer le meilleur troupeau possible sera d’autant plus long que l’ensemble des éleveurs transhumants du Couserans sont en situation de rechercher des animaux pour compenser leurs pertes.

 

Par ailleurs nous serons extrêmement vigilants sur la nécessité de mettre en œuvre un accompagnement spécifique des exploitations concernées afin que d’autres contraintes administratives et règlementaires liées aux engagements pris par les exploitants ne viennent pas impacter économiquement et pénaliser après coup et de surcroit les exploitations touchées par ces lourdes pertes.

 

Au-delà de ces urgences, conséquence du dérochement sur l’estive du Mont Rouch, d’autres interrogations émergent si l’on prend le temps d’écouter les nombreux témoignages qui remontent du terrain depuis quelque temps. En raison de la forte concentration d’ours sur un territoire restreint nous assistons à un changement de dimension de la problématique posée. La pression est plus forte, constante, d’une estive à l’autre, sans répit pour les bergers. Depuis le début de la saison, le nombre d’expertises a explosé, incitant les pouvoirs publics à organiser début août une commission qui se tenait d’ordinaire à l’automne.

 

Ces derniers jours, nous avons assisté à la mise en avant soutenue des mesures de protection et des différents dispositifs mis en place par l’Etat.

Afin de protéger leurs bêtes des attaques, plusieurs groupements pastoraux ont  effectivement choisi de mettre en œuvre ces dernières années les mesures proposées (chiens, clôtures, effarouchements,…etc). Pour quel résultat ? Le témoignage des éleveurs d’une estive concernée est édifiant. Huit attaques subies au 25 juillet contre six sur l’ensemble de la saison dernière. Un chien de protection tué par l’ours lors d’une attaque selon l’expertise de l’ONCFS, un autre chien disparu « que l’on peut considérer comme mort », des prédations à la cabane en présence des bergers ! Des clôtures de protection contre lesquelles des brebis se sont tuées et qui ont dû être supprimées !

 

Les limites de ces dispositifs avaient été prévues, annoncées. Et pourtant on entend encore qu’il suffit de se donner les moyens, que la cohabitation « se passe bien dans les autres pays »…etc.

La vérité est ailleurs et le bilan de ces mesures est beaucoup moins flatteur que certains voudraient le laisser croire. (cf à l’article sur l’activité de la pastorale pyrénéenne qui dans le contexte présent apparait comme une provocation inutile et déplacée)

 

Pour l’instant les dégâts ne concernent que des bêtes, mais demain ? Ce chien tué qui a tenté de s’interposer ! Faudra-il armer les bergers pour assurer la sécurité des biens et des personnes en estive ?

Les ours s’adaptent, et modifient leur comportement face à l’homme. À force d’être « tranquilles », ils n’ont plus de crainte et plusieurs attaques en plein jour, en présence des éleveurs et des chiens, ont été rapportées. La multiplication des témoignages d’observations de visu inquiète. Certains ours seraient ils plus impliqués que d’autres ? Le comportement de certains individus qui n’ont plus guère de crainte vis-à-vis de l’homme ne devient il pas trop familier? La sécurité humaine en estive est elle vraiment garantie ? Jusqu’à quand ?

Au regard du nombre croissant d’attaques constatées et des dégâts occasionnés, il est grand temps de sortir avec pragmatisme du carcan administratif de la convention de Berne à l’image de ce qui se fait par ailleurs dans les Alpes avec le loup afin d’étudier en concertation et en responsabilité la question de la régulation du comportement des ours.

 

A l’heure où les activités agropastorales sont reconnues comme un élément clé de l’économie des territoires montagnards et de la préservation de la biodiversité, il est également temps de réinterroger les motivations qui conduisent à défendre le développement incontrôlé des grands prédateurs. Les dommages qu’ils occasionnent aux troupeaux remettent en question l’existence même des systèmes pastoraux ! Comment les pouvoirs publics dans ce contexte, pourront ils raisonnablement continuer à promouvoir l’activité pastorale, et notamment l’installation de jeunes dans nos vallées ?

 

 

Alain SERVAT

Président

de la Fédération Pastorale de l’Ariège